L’ouverture, source de la confiance en soi et en l’autre

    Par le 16 octobre 2018

    Les relations quotidiennes, les travaux en équipes, les confrontations professionnelles sont susceptibles de créer des tensions. Il y a chaque jour des dizaines d’occasions d’entendre des reproches, réels ou imaginés, et de se sentir ignoré, incompris, impuissant, incompétent ou rejeté. D’aucuns pourront se sentir blessées ou offensées. Comment en sortir ?

    S’ouvrir à l’autre pour s’alléger

    Comment sortir de ce sentiment et que faire de cette possible offense ? Comment agir avec l’autre que je crois responsable d’avoir commis un acte ou proféré une parole qui me blessent ? LUI EN PARLER, c’est-à-dire m’en ouvrir à lui.

    En effet, si je ne dis rien, si je ne m’ouvre pas à lui, alors je garde sur moi le poids de l’offense ou de la blessure que je risque fort de lui renvoyer à l’occasion en me vengeant. Le cercle infernal « agression/vengeance » se mettra alors en marche.

    Se venger, faire du mal à l’autre – mirage de soulagement-, ne fait qu’aggraver la situation. Cela ne soigne ni l’offense, ni la blessure qui reste chez moi. Par conséquent, la meilleure façon de ne pas entrer dans cette situation est de m’ouvrir à lui pour lui dire mon ressenti.

    Vouloir une relation sincère et apaisée exige de prendre l’initiative de s’ouvrir malgré le doute et l’anxiété quant aux conséquences. Si personne ne risque le premier pas la relation stagne dans la méfiance. La méfiance bride la parole, alors qu’en disant à l’autre ce que je lui reproche je le reconnais et lui demande de me reconnaître.

    L’ouverture est ainsi la base de la confiance sur laquelle se construisent les relations fécondes, créatives et durables.

    On trouve déjà cela dans les écrits les plus anciens, comme le Lévitique qui regroupe un ensemble de prescriptions religieuses, culturelles, morales et d’interdits  (1). Dans la version Tob, on peut lire au chapitre 19, versets 17-18 :

    « N’aie aucune pensée de haine contre ton frère. Mais n’hésite pas à réprimander ton compatriote pour ne pas te charger d’un péché à son égard ; ne te venge pas, et ne sois pas rancunier à l’égard des fils de ton peuple : c’est ainsi que tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

    Ce texte invite à parler, à s’ouvrir, à dire ce qui ne va pas. En ne parlant pas à l’autre, en ne m’ouvrant pas à lui pour le reprendre, ou lui adresser un reproche, je prends le risque de le haïr. En m’adressant à lui, je lui montre que je l’aime. J’aime l’autre et m’ouvre à lui quand j’aime la personne que je suis. Ce texte de loi fort ancien nous indique comment les relations humaines et l’ouverture reposent sur l’estime de soi et l’estime de l’autre.

    En même temps l’expérience humaine nous apprend que s’ouvrir à l’autre est difficile, voire anxiogène.

    Pourquoi est-ce difficile de s’ouvrir ?

    Pour le philosophe André Comte-Sponville, l’amour et la peur seraient les premiers sentiments éprouvés dès la naissance (2). De leur côté, les sciences psychologiques, et en particulier les travaux de Will Schutz (3), nous apprennent qu’au cours de sa vie tout individu a éprouvé des peurs et a tenté de savoir y faire face. Ces sentiments influencent nos perceptions du monde et des autres et par voie de conséquence nos choix en ce qui concerne nos relations aux autres.

    Imaginez-vous plongeant en pleine mer et vous retrouver nez à nez avec un requin. Aurez-vous peur ? La plupart des gens répondent : « Oui, à cause du requin. » En effet, s’il n’était pas là il n’y aurait pas de raison particulière d’avoir peur.

    Maintenant, imaginez que vous plongez en mer mais à l’intérieur d’une solide cage anti-requin en acier. Le requin est là, face à vous, de l’autre côté des barreaux. Avez-vous peur ? Vraisemblablement beaucoup moins. Pourtant le requin est bien présent. En réalité, l’objet de la peur n’est pas le requin mais la peur de ne pas savoir faire face au requin. Dans la cage vous pouvez y faire face.

    Il en va de même dans les relations humaines. L’objet de la peur n’est pas l’autre, le groupe, la tâche, ou le projet mais la peur de ne pas savoir faire face à la situation. Voilà pourquoi s’ouvrir est si difficile : en m’ouvrant, je pense que je prends un risque face auquel je ne saurai pas forcément faire face.

    Aussi en prendre conscience est-il le premier principe de la confiance en soi et de l’ouverture : « un homme averti en vaut deux » selon l’adage populaire. L’énergie s’oriente vers la créativité et la relation constructive aux autres.

    Que faire en pratique ?

    Toute relation conflictuelle entre deux personnes est le résultat de leur contribution. Chacun contribue à 100% à la situation et personne n’est à accuser. Selon cette hypothèse, l’accusation est à laisser de côté pour se pencher sur la compréhension du problème et sur les solutions.

    Les questions suivantes permettent d’en prendre conscience.

    1. De quoi ai-je peur dans la situation ? Peur d’être ignoré (insignifiant, sans valeur), humilié (incompétent), rejeté, pas aimé (antipathique, pas aimable) ?
    2. Qu’est-ce qui me fait peur et pour lequel j’ai peur de ne pas savoir faire face ?
    3. De quoi l’autre a-t-il peur dans la situation ? Peur d’être ignoré, humilié, rejeté, pas aimé ?
    4. Qu’est-ce qui lui fait peur et pour lequel il a peur de ne pas savoir faire face ?
    5. Qu’est-ce que je fais ou ne fais pas et qui contribue à ce que la situation soit telle qu’elle est ?
    6. Quels avantages ai-je à maintenir la situation telle qu’elle est ?
    7. Puis-je trouver une ou plusieurs solutions qui me procurent les mêmes bénéfices mais sans les inconvénients ?
    8. Qu’ai-je appris de la situation ? sur moi ? sur l’autre ?
    9. Que puis-je faire pour améliorer la situation ?

     

    (1) Voir Marie Balmary, Le Sacrifice interdit, Grasset, 1986.

    (2) « Bonjour l’angoisse ! », in Confrontations psychiatriques, février 1995

    (3) Will Schutz fut l’un des plus grands psychologues américains de la deuxième moitié du 20ème siècle. Il est l’auteur de l’approche « Élément Humain » dont le but est de résoudre les problèmes organisationnels et de permettre aux individus, aux équipes et aux organisations d’exprimer tout leur potentiel. Cegos a popularisé cette approche dans des formations de référence très connues en France sous le nom de « Méthode Schutz ».

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    Géraldine Duchanaud Il y a 4 semaines

    Bravo Alain !
    j’ai eu beaucoup de plaisir à lire ton article.
    je le trouve très touchant et éclairant sur les relations humaines.
    merci.

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