Stress : ferons-nous mieux ?

    Par le 23 mars 2018

    Depuis les années 70, le neurobiologiste Robert Sapolsky (1) de l’université de Stanford étudie les conséquences du stress sur les primates dans une colonie de babouins du Masaï-Mara, au Kenya. En les observant et en travaillant en laboratoire sur la base de prélèvements de sang au moment du stress, il a remarqué que leur comportement était très similaire à celui des hommes en Occident. Quels enseignements pouvons-nous tirer de ses observations sur la gestion de notre propre stress?

    La position sociale détermine le taux d’hormone du stress

    Dans cette colonie très hiérarchisée, les mâles dominants accédaient au haut de la hiérarchie en se montrant plus agressifs et plus rusés. Ils étaient peu sociables, passaient peu de temps avec leurs congénères et bénéficiaient de tous les avantages. Ils consacraient l’essentiel de leur temps à harceler les autres membres de la colonie. Sapolsky observa également que chacun connaissait sa place et savait qui il pouvait torturer et par qui il pouvait être torturé et il fit une découverte qui lui valut le prestigieux MacArthur Fellowship en 1987 : la position sociale d’un babouin détermine le taux d’hormone du stress des membres de la colonie : les résultats au scanner montraient en effet que les chefs primates, non stressés, secrétaient plus de dopamine (hormone du plaisir) que les subalternes qui, soumis à un stress permanent, souffraient d’une tension artérielle et d’un rythme cardiaque élevés.

    Ce constat a été confirmé sur une période de 40 années, par Michael Marmot – professeur d’épidémiologie à l’UCL de Londres –  qui a mené une étude (2) semblable sur 18 000 agents de la fonction publique britannique. Il en est arrivé aux mêmes conclusions : plus l’individu est bas dans la hiérarchie, plus son risque de développer des pathologies mortelles liées au stress est élevé.

    De l’agressivité à la bienveillance

    Il y a 20 ans, les babouins ont pioché de la nourriture dans les déchets d’un campement de touristes et ont mangé de la viande infectée par le bacille de la tuberculose. Ce sont les mâles qui ont été le plus affectés : la moitié d’entre eux est mort, en particulier les mâles dominants qui s’étaient servis en premier sans en laisser aux autres.

    Avec la disparition des mâles dominants, la colonie s’en est trouvée transformée : il restait deux fois plus de femelles et les mâles restant étaient bienveillants, sociables. Cela a complètement changé l’ambiance.

    Cette troupe se caractérise aujourd’hui par sa prospérité, un niveau d’agressivité très bas et un niveau de sociabilité élevé. Ils n’ont plus aucun problème d’hypertension, ni d’anxiété comme le montre le résultat des analyses.

    Quels enseignements pour nous autres humains ?

    Michael Marmot a corroboré ce constat chez les humains :

    • Avoir du contrôle sur sa vie, sa charge de travail diminue le stress ;
    • Quand les personnes ont plus de contrôle et qu’elles se sentent traitées de manière équitable et juste, le taux de maladie baisse ;
    • Faire participer davantage les collaborateurs, leur donner un plus grand pouvoir de décision, les récompenser permet d’avoir un environnement de travail plus sain et plus productif.

    Vers une culture de la coopération

    L’être humain n’est plus un primate et a été capable d’inventer la bienveillance. Cependant, elle n’est jamais acquise définitivement car elle se construit de manière continue.

    Le conflit fait partie de la vie des entreprises du simple fait de la divergence des intérêts entre les parties. Plusieurs travaux montrent que les organisations qui ont une culture de la coopération surperforment très largement par rapport aux organisations où règne la culture du conflit, c’est un fait.

    Cependant, la volonté de coopération se heurte à plusieurs obstacles comme la méfiance qui crée des tensions et alimente parfois des conflits inutiles et coûteux.

    Ces obstacles peuvent être évités et surmontés par des méthodes de travail appropriées d’une part et des savoir-faire relationnels d’autre part. Ceci permet de mobiliser les capacités des acteurs à se faire confiance pour résoudre les problèmes, dépasser les conflits et entretenir une culture de la coopération à long terme.

    Quelques clés pour cultiver sa capacité à coopérer

    • Choisir sincèrement de coopérer.
    • Désamorcer les tentations d’entrer en conflit ou de le maintenir.
    • Pratiquer un dialogue franc et une écoute réelle.
    • Construire et maintenir un climat de confiance à long terme.
    • Résoudre les problèmes relationnels et les conflits.
    • Développer son aptitude à négocier et à consolider les accords.

    Pour gérer votre stress efficacement et pour longtemps, je vous recommande cette formation Cegos.

     

    (1)« A Primate’s Memoir: Love, Death and Baboons in East Africa », Paperback –  2002
    (2) Dans le cadre de « The National Survey of Health & Development »

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    Cécile LEMOINE Il y a 3 mois

    Merci pour ce billet qui fait du bien : j’aime quand les recherches scientifiques confirment des éléments que nous pouvons pressentir en observant les fonctionnements collectifs !

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    Attia Chantal Il y a 3 mois

    Merci pour cet article. Je me permets de nourrir votre article sous un angle un peu différent.

    Les animaux reflètent le comportement humain.

    La coopération est le fonctionnement naturel dans la nature sur terre et dans l’Univers.

    La théorie de Darwin qui prétendait que le fonctionnement de la nature reposait sur la domination de l’un sur l’autre est une théorie, c’est-à-dire une idée sur la réalité, une tentative de schéma de fonctionnement, qui représentait les comportements humains de l’époque. C’est la raison pour laquelle elle a été adoptée par les individus en situation de domination à l’époque c’est-à-dire de sexe masculin et blanc.

    Les changements observés chez les animaux reflètent le changement chez les humains.

    Ainsi le ré-équilibrage avec le féminin dans les sociétés humaines, même si ce ré-équilibrage est loin d’être installé partout, se reflète dans les observations que font les humains chez les animaux.
    Votre article parle d’observations sur une période d’environ 50 ans comme celle où l’émancipation » commence à s’installer vraiment ainsi en 1965 (seulement) la femme obtient le droit d’ouvrir un compte en banque et signer un contrat de travail sans avoir besoin du consentement de son mari….

    La femme a fini par se sortir de ce schéma de domination/soumission pour participer à la collectivité en tant qu’individu à part entière ce qui veut aussi dire devenir militaire (rien de moins féminin pourtant…) si elle en a envie. Du fait de sa reproduction sexuée, l’être humain est intrinsèquement masculin ET féminin. Ce n’est pas que la société humaine « se féminise » mais qu’elle se RE-EQUILIBRE dans cette union intrinsèque naturelle du féminin et du masculin.

    Cette notion d’équilibre seule permet de sortir de la domination/soumission – co-dépendance pour entrer dans la coopération et la co-création.
    L’article indique que la troupe, qui s’est ré-équilibrée avec le féminin donc (il ne s’agit pas pour moi de passer d’une domination à l’autre, comme l’article pourrait amener à le faire croire), « se caractérise aujourd’hui par sa PROSPERITE et un niveau de SOCIABILITE élevé. Ils n’ont plus aucun problème d’hypertension, ni d’anxiété comme le montre le résultat des analyses, ce qui veut dire une bonne santé corporelle. »
    Ainsi la coopération qui est bonne pour la santé physique l’est aussi pour la santé économique : la coopération amène la prospérité.
    En effet, la coopération qui est le fonctionnement de la nature et de l’Univers est ce qui permet la paix mais aussi l’abondance. C’est l’humain, avec son comportement de « domination/soumission », que je qualifie d’anti-naturel, qui détruit des espèces (une espèce animale ou de plante disparaît toutes les 20 minutes soit 26280 espèces disparues chaque année…), qui détruit l’abondance naturelle de la terre.

    Or actuellement les entreprises fonctionnent sur le mode de la compétition croyant que c’est ainsi que l’on accède à l’abondance et à la croissance et à la prospérité
    C’est un cercle vicieux.

    Les animaux reflètent le comportement humain ai-je écrit en préambule. Qu’est-ce qui différencie les humains des animaux, qui ne se trouve pas mentionné dans cet article ?
    Les animaux n’ont pas de croyance.
    Ainsi, avec l’équilibrage du féminin et du masculin, c’est nos croyances sur l’Abondance que nous devons changer afin que chacun puisse vivre en bonne santé physique, économique et sociale (définition de la santé de l’OMS).
    Si le Management n’a pas pour but l’intérêt de tous alors cela ne mérite pas, à mes yeux, le qualificatif de « Management ».
    Oui nous pouvons faire mieux, ensemble.

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