Lutter contre la procrastination : le modèle Picasso

Par le 11 novembre 2014

La procrastination – reporter sans cesse une tâche – est l’un des fléaux les plus communs de notre gestion du temps. Elle peut avoir plusieurs causes. L’une d’elle provient du fait que nous ne savons pas par quel bout prendre notre travail. Cela concerne essentiellement nos dossiers de fond, la résolution de problèmes complexes, tout ce qui demande réflexion et création de solutions nouvelles. Ne sachant par où commencer, nous reportons à plus tard le temps de nous y mettre. Lorsque nous aurons les idées plus claires. Lorsque nous aurons le temps. Mais le quotidien nous précipite dans la réalisation de tâches maîtrisées que nous nous empressons d’achever. La journée est passée et nous n’avons toujours pas attaqué notre dossier de fond.

Inspirons-nous de Pablo

Un artiste est quelqu’un qui travaille l’inconnu en permanence. A ce titre, nous pouvons nous inspirer leurs méthodes. Pour Pablo Picasso (1881-1973), « l’action est la première marche vers le succès ». Regardons cette vidéo, extraite du très beau film d’Henri-Georges Clouzot « Le Mystère Picasso » (1955), et voyons comment le Maître s’y prend pour peindre une toile.

1. L’esquisse : les grandes lignes de la vision

Picasso brosse très vite à grand coups de pinceau les grandes lignes du tableau. Ce ne seront pas les contours définitifs et il le sait. Cela ne l’empêche pas d’agir, au contraire. Il se donne la permission d’aller vite, parce qu’il se donne aussi le droit de modifier sa vision ultérieurement. Pour nos dossiers, visualisons l’usage final qui sera fait de notre livrable. A quoi va-t-il servir ? Qui lira notre document, et dans quel but ? Pour en faire quoi ensuite ? Quelles décisions vont dépendre de notre travail ? Quelles informations sont nécessaires ? Nous aussi, nous pouvons brosser les contours de notre livrable à grands traits. Jeter sur le papier les grandes thématiques qu’il doit comporter. Et tant pis s’il en manque, nous les ajouterons plus tard, dans la phase d’exécution. Ce n’est pas grave non plus s’il y en a trop, nous ferons le tri dans un second temps.

2. L’ébauche : la concrétisation des idées

Dans cette deuxième phase, Picasso confronte sa vision à la réalité des pigments. Il peint, ajuste la forme, se reprend, ajoute des éléments, supprime des traits, creuse une courbe, juge des contrastes, recommence encore et encore. C’est en voyant l’œuvre se construire que sa pensée créatrice affine la composition du tableau. De la même façon, c’est en produisant des ébauches successives que nous ferons évoluer notre pensée et les contours de notre projet. En édifiant le plan d’un document, nous verrons ce qui manque pour faire le lien entre deux parties. En produisant une maquette rapidement construite, nous identifierons très vite les points forts et les axes d’amélioration de notre livrable. Le travail en mode « brouillon » autorise les ratures et reprises. Nous gagnons beaucoup de temps à essayer plutôt qu’à penser. Nous sommes d’autant plus pertinents que nous pouvons juger du résultat au fur et à mesure de l’avancement de notre travail.

3. Le style : la mise en lumière

Il arrive un moment où Picasso ne fait plus de modification majeure. Il travaille l’arrière-plan, modifie l’éclairage général du tableau et de la figure principale. Il met son style au service de la lisibilité et de la puissance de l’œuvre dont les caractéristiques ont été installées dans les deux phases précédentes. Il est temps, enfin, de nous consacrer à la mise en forme, aux détails qui ont leur importance pour la compréhension de notre texte ou le confort de l’utilisateur. Souvent, nous avons tendance à vouloir anticiper cette étape, et c’est ce qui nous bloque. A vouloir commencer par une phrase bien tournée avant même de savoir exactement où nous allons, nous perdons du temps. Au contraire, en fin de processus, notre cerveau est imprégné de notre projet : il énonce plus clairement ce qu’il conçoit maintenant très bien.

4. La touche finale : la décision d’arrêter

Terminons par cette citation de Paul Gardner : « Une peinture n’est jamais finie – elle s’arrête simplement en des lieux intéressants ». Picasso aurait pu s’arrêter avant. Nous aurions perdu la touche cubiste qui signe les toiles du Maître à cette période de sa vie. Il aurait pu continuer après. Nous ne saurons jamais ce que serait devenue cette chèvre s’il avait travaillé non pas cinq mais dix ou vingt heures. Et après tout, quelle importance ? L’œuvre est magnifique telle qu’elle est. Cela suffit. Et Picasso a pu entamer dans la même journée une nouvelle toile – grand format – pour le bonheur de Clouzot et le nôtre. Nous pourrions également être tentés de passer un temps démesuré à peaufiner notre travail. Pour lutter contre le perfectionnisme improductif, projetons-nous, comme Picasso, dans notre prochaine grande toile.

Pour plus d’astuces, retrouvez la boîte à outils de la gestion du temps

Belorgey v5.indd

Autre dossier sur le même thème

Laisser un commentaire

Avatar

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Avatar

Virginie Il y a 6 années

Pascale bravo et merci pour ce partage, Ce que tu exprimes est très éclairant et nous donne des permissions pour agir et construire avec nos actions. En plus nous parler de Picasso pour agir c est tout de même tres beau. Bonne journee

Répondre
martin

martin Il y a 6 années

A méditer…. très puissant… merci pour cette démonstration !

Répondre
Avatar

Amel Il y a 6 années

Tres belle démonstration, à mettre en parallèle avec la réalisation de cartes heuristiques. Au centre le sujet de réflexion puis différentes branches pour enclencher la réflexion, à bouger, remanier selon l’évolution de la pensée.
Bravo

Répondre
Pascale BELORGEY

Pascale BELORGEY Il y a 6 années

Merci à toutes les trois pour vos super feedbacks ! Ils me vont droit au cœur 🙂
@Amel : C’est tout à fait juste, la carte heuristique – ou carte mentale, ou encore Mind Map – libère notre cerveau du carcan de la linéarité et facilite le passage à l’action. Un outil idéal pour esquisser nos premières idées. Merci pour cet apport enrichissant !

Répondre
Avatar

anne lise Palvin Carli Il y a 6 années

Faire d’un acte de création un moment de réflexion qui trouve son application dans notre vie
quotidienne : épatant, chère Pascale ! Merci Anne lise

Répondre
    Pascale Bélorgey

    Pascale Bélorgey Il y a 6 années

    Merci @Anne-Lise, ton commentaire me va droit au cœur ! En fait, je crois que l’art n’est jamais tellement éloigné de notre quotidien. Il est en nous, dans l’essence même de notre nature humaine. Simplement, parfois, nous oublions de le voir.
    La gestion du temps, c’est cela aussi : prendre le temps de voir la beauté qui nous entoure, sentir l’artiste qui est en chacun de nous.

Avatar

Emmanuel PORTANERY Il y a 6 années

Joli partage, Pascale ! Comme tu le montre bien, « Toute grande idée a d’abord été un rêve dans la tète de quelqu’un » (Walt Disney), et il convient d’abord de rêver notre avenir pour lui donner une chance de se réaliser concrètement. A méditer pour les managers qui .trouvent que l’Identité d’une société, ses Valeurs et sa Vison n’ont que peu d’intérêt….. Tout cela permet par la suite la réalisation d’actions concrètes ciblées et assumées.

Répondre
    Pascale Bélorgey

    Pascale Bélorgey Il y a 6 années

    Merci @Emmanuel pour cette jolie transposition !

Avatar

Silvia Il y a 5 années

Bonjour,
La semaine dernière, j’ai posté un article qui traitait de la perfection et la procrastination. Juste avant de le publier, j’ai pensé à cet artiste peintre du XIXème siècle dont le nom m’échappe, et qui avait détruit toute une série de peinture sous le prétexte qu’elles n’étaient pas à la hauteur de sa vision. D’après mes souvenirs, cet artiste n’avait pas la force de caractère de Picasso.
Pour moi, la procrastination est très en lien avec la force de caractère, la volonté et aussi avec l’environnement dans lequel on évolue, le travail que l’on occupe par exemple.
Merci pour cet article très agréable à lire.

Répondre
Avatar

On range tout Il y a 3 années

Bonjour Pascale,
Merci pour cet article très intéressant sur la procrastination. J’aime beaucoup le parallèle que vous avez fait entre la conception artistique et la façon de gérer notre quotidien. Il faut se retrousser les manches et ne pas avoir peur de se lancer.
https://www.onrangetout.com/

Répondre

Abonnez-vous au blog

Afin de vous abonner et pour des raisons de sécurité, votre navigateur doit accepter les cookies et le JavaScript.