Comment nous réconcilier avec le temps perdu ?

Par le 13 octobre 2014

Lorsque nous nous intéressons à notre gestion du temps, nous avons envie de chasser de nos journées le temps perdu : toutes ces séquences improductives où nous nous écrions « quelle perte de temps ! », « il ne se passe rien d’intéressant », « je serais mieux ailleurs… » ou « j’ai mieux à faire ! ». Certains les nomment croque-temps, parce qu’elles grignotent notre efficacité. Elles s’incarnent dans des temps de trajet interminables, des procédures trop lourdes, des temps d’attente parce que les autres ne sont pas prêts ou en retard, des outils qui nous font perdre du temps au lieu de nous en faire gagner, des interruptions qui perturbent notre gestion du temps bien planifiée. Et parfois dans nos propres dysfonctionnements, comme par exemple notre irrépressible envie de perfectionnisme, notre difficulté à dire « non », ou encore notre tendance à la procrastination.

Salvador Dali - La persistance de la memoire

Salvador Dalí. La persistance de la mémoire.
Musée d’Art Moderne de New York. 1931

Or, le temps perdu l’est deux fois. D’abord parce qu’il s’accompagne d’émotions désagréables comme l’ennui, l’impatience ou la colère. Ensuite, parce que le vivant comme tel, nous devenons sourds aux opportunités offertes par ces minutes a priori vides de sens. Voici trois approches sur notre gestion du temps pour nous réconcilier avec le temps perdu.

L’approche analytique de notre gestion du temps

Elle consiste à repérer nos croques-temps en mesurant objectivement la façon dont nous occupons notre temps et en les classant en catégories distinctes pour mieux les traiter. L’outil par excellence de cette approche gestionnaire est le journal de bord, qui sert à enregistrer tous les événements d’une ou plusieurs journées avant de calculer la somme des temps jugés improductifs. Cette analyse est un formidable instrument pour négocier des aménagements de notre temps avec les autres – et avec nous-mêmes ! Rien de tel que la réalité objective cumulée pour convaincre nos collègues du temps considérable passé à attendre que les réunions démarrent, pour négocier avec notre manager une révision des priorités ou un télétravail une à deux fois par semaine. Rien de tel également pour nous faire prendre conscience du temps passé à faire autre chose que nous consacrer à nos missions prioritaires.

La finalité de l’approche analytique est d’éradiquer ou de réduire les pertes de temps. Elle nous aide à faire des choix de priorités, à prendre des décisions d’organisation pour limiter le temps perdu et maximiser le temps productif.

L’approche opportuniste du temps

Il est des croque-temps contre lesquels nous ne pouvons rien. Par exemple, même si nous avons considérablement réduit le temps de nos déplacements en télétravaillant deux jours par semaine, il reste trois jours de trajets  – incompressibles dans notre contexte actuel. Même si nous avons mis en place un fonctionnement efficace avec nos collègues, certains temps d’attente ou interruptions sont inévitables. Même si nous avons limité au minimum utile notre présence aux réunions, il reste des moments, entre deux séquences passionnantes, où nous ne nous sentons concernés que de loin par la discussion.

Et si, au lieu de les subir et de nous lamenter, nous transformions ces « temps morts » en opportunités ? Profiter du trajet pour faire du sport en circulant à vélo, faire dans le métro notre « ToDo List » en priorisant les tâches à faire pour être efficace dès le début de la journée, ou nous former en lisant un roman en anglais. Profiter des débuts de réunions pour renforcer les relations informelles qui faciliteront le travail collectif plus tard. Profiter des discussions dans lesquelles nous sommes moins impliqués pour observer les échanges et affûter notre connaissance des processus relationnels efficaces.

L’approche opportuniste ne change pas la réalité du temps perdu mais l’utilise à son profit. La productivité de ces séquences varie en fonction des opportunités trouvées dans cette quête d’optimisation de notre temps – mais le temps est vécu de manière positive, et c’est en soi un réel progrès.

L’approche philosophique du temps

En nous inspirant de la pensée d’Aristote, pour qui le temps est une puissance en devenir, nous pouvons considérer comme nécessaire ce temps où notre cerveau peut se reposer, rêvasser, sans être obligé de produire un résultat tangible immédiatement. C’est le temps de gestation de nos idées, le temps des associations inconscientes qui se révéleront plus tard fructueuses – pour peu que nous les laissions mûrir à leur rythme.

Les stoïciens, quant à eux, nous invitent à être intensément présents à chaque moment de notre vie, quoi qu’il arrive. A accueillir chaque événement de tout notre être, nos sens en éveil. Ces moments où nous ne produisons pas peuvent alors devenir source d’inspiration, creuset de nouvelles idées, source de joie aussi face à la beauté du monde qui nous entoure.

L’approche philosophique s’affranchit de la dictature de la productivité. Car le temps perdu, finalement, est celui où nous ne savourons pas notre présent.

Pour plus d’astuces, retrouvez la boîte à outils de la gestion du temps

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Vassili Il y a 6 années

Bravo pour cet article qui adresse en peu de lignes le sujet de la perte de temps sous des aspects vraiment complémentaires ! Très enrichissant 🙂

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Durand Mirtain Il y a 6 années

Un article passionnant qui dédramatise les « pertes de temps » et ôte toute culpabilité face aux chronophages. Bravo et Merci.

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Pascale BELORGEY

Pascale BELORGEY Il y a 6 années

Un grand merci pour vos commentaires !
@Vassili : vous avez tout à fait raison, la complémentarité des approches permet de tirer parti des outils de la gestion du temps en les adaptant aux différents contextes qui sont les nôtres, sans nous laisser décourager par les contraintes sur lesquelles nous ne pouvons pas agir. Ce qui est vrai pour le temps perdu l’est aussi pour de multiples sujets liés à la gestion du temps. En ajustant nos outils à nos contraintes, nous trouvons un équilibre « juste » qui nous permet d’être efficaces sans nous épuiser dans une vaine lutte contre le système !
@Elisabeth : oui ! halte à la tyrannie de la culpabilité :-)))

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Lilanzo Il y a 6 années

Simple et précis et s’en prend de la belle manière à cet ennemi intérieur qui nous pousse à accepter que le fait de ne pas être à l’endroit où nous devons accomplir une tâche, signifie notre incapacité à pouvoir réussir la tâche qui nous a été attribuée dans les délais prévus. Comme souligner, il suffit de comprendre son environnement et penser alors à comment fructifier le temps qu’on passe ailleurs tout en le rapportant à notre activité. Vos analyse est simple et très pratique

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    Pascale BELORGEY

    Pascale BELORGEY Il y a 6 années

    @Lilanzo : oui, l’approche occidentale du temps nous rend parfois sévères envers nous-mêmes. L’approche orientale, qui donne la part belle aux moments opportuns, est beaucoup plus tolérante – et nous rend aussi plus alertes aux opportunités que nous ne voyons plus lorsque nous ne vivons pas pleinement chaque instant.

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