Pour le retour des chevals

Par le 23 septembre 2013

La difficulté des jeunes enfants à intégrer la règle du pluriel des noms en « -al » est bien connue. Prenons le cas du cheval. Il est vraisemblable qu’il y a là, pour eux, plus qu’un changement de flexion : un changement d’espèce. Un exemple, avec Margot, 5 ans : « – Tiens, j’ai vu des chevals ! – Non, c’est des chevaux. – Ah bon ! pourtant ça ressemblait à des chevals. »

Aussi, me suis-je demandé par quelle perversité notre langue avait inventé des pluriels en -aux et des pluriels en -als (chacals, carnavals, festivals…)*.

Comment expliquer les pluriels en « –aux » ?

Autrefois, les mots en « -als » se prononçaient « -aü ». Un [cheval], des [chevaü]. Puis [aü] est devenu [o]. Comme en parallèle, les copistes raccourcissaient « ls » en « x », les chevals sont des devenus des chevauls, puis des chevaux. (Et les chols, des choux)

Mais pourquoi un chacal, des chacals ?

Oui, pourquoi certains animaux ont-ils gardé leur « al » ?Je ne vois qu’une explication [osée, je le précise]. Les Jésuites, en charge de l’enseignement du français dans les pays où se trouvaient les gavials, les caracals et les chacals, ont hésité à transformer de sympathiques carnassiers en gaviaux, chacaux et autres caracaux.  Les indigènes, indignés, les auraient crucifiés.
Comme le dit le proverbe : « on ne fait pas de vieux « aux » en pays nouveau. »

Qu’en est-il pour festival et carnaval ?

Quant à festival et carnaval, arrivés qui d’Angleterre, qui d’Italie, bien après le XVe siècle, les règles d’importation des mots empêchaient qu’ils fussent déformés. Souvenez-vous qu’on écrivait jusqu’il y a peu : des scénarii, des matches (de football), voire des leitmotive ; et qu’on hésite entre des lieds et des lieder.

Alors je vous demande : et si on revenait à un cheval, des chevals ? La langue en serait rajeunie et les enfants se casseraient moins la tête**.

Et si ça marche, je proposerai, pour rajeunir encore plus, qu’on revienne au latin : twitteo, sed non te kiffeo (je twitte, mais je ne t’aime pas).

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Pour en savoir plus :

* Consultez la liste des exceptions

** Un ami linguiste me fait remarquer qu’on se soucie bien trop du sort des petits Français et pas des petits Peuls. Pour eux, « un peul se dit pullo (c’est l’origine du mot peul). Mais au pluriel [p] se change en [f] et le suffixe de classe [o] devient [ɓe] : le pluriel de peul est donc fulɓe. De même, « un mari » se dit gorko, et « des maris », worɓe. » On comprend mieux pourquoi Leopold Senghor a préféré passer l’agrégation de français: c’est beaucoup plus simple.

 

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pia martin

pia martin Il y a 7 années

Super ! intéressant
Merci

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